add content...
link: |
add content...
17970
Voyage au centre de la Terre by Jules VerneLe Livre de PocheJules Verne s'amuse. La littérature est un jeu pour lui, chaque livre l'occasion d'un nouveau pari, plus insensé que le précédent. Un fou de savant (il en produira par dizaines, de ces illuminés, tous plus extravagants les uns que les autres) descend en compagnie d'un adolescent candide et d'un guide muet, jusqu'au centre (enfin, presque) de la Terre, pour y créer une mer libre (eh oui, docteur Freud) avec ses tempêtes, son climat "méditerranéen", ses monstres antédiluviens, ses forêts pétrifiées puis remonte illico, à cent à l'heure, poussé par un torrent de lave en fusion... Sur les traces de son maître Edgar Poe (il avait lu ses oeuvres traduites par Baudelaire), Jules Verne prend le canular scientifique pour prétexte, et refaçonne un univers électrique, volcanique, traversé d'énergies furieuses, où sa puissance visionnaire éclate, à la mesure d'une folie créatrice insatiable et sans limites. --Scarbo Le Vol des cigognes by Jean-Christophe GrangéLe Livre de PocheL'ornithologue Böhm, qui étudie la migration des cigognes, a constaté que de nombreux couples ne reviennent jamais d'Afrique. Qui les fait disparaître ? Chargé de l'enquête, Louis Antioche rend visite à Böhm mais celui-ci est mort d'un infarctus. L'autopsie révèle que le vieil homme avait subi une transplantation cardiaque à l'époque où ce type d'opération était rare, d'autant que Böhm résidait en Afrique comme conseiller de Bokassa. Poursuivant ses investigations, Louis part en Bulgarie à la recherche de Rajko, un Tzigane pisteur de cigognes. Trop tard :celui-ci a été tué et on a prélevé son coeur. Ayant appris que des médecins de l'association humanitaire "Monde unique" - à qui Böhm a légué sa fortune - se trouvaient sur les lieux lors de sa mort, Louis poursuit son dangereux périple, de mystérieux tueurs à ses trousses... Ce premier thriller de Jean-Christophe Grangé foisonne en détails rigoureux sur les lieux et événements mis en scène. L'intrigue, à double détente, préfigure Les Rivières pourpres et Le Concile de pierre, ainsi que le thème récurrent des manipulations génétiques. --Claude Mesplède La Part de l'autre by Eric-Emmanuel SchmittLe Livre de PocheLe fameux Smoking, no smoking d'Alain Resnais l'a illustré naguère au cinéma, la scientifique "théorie du chaos" déclinée par Lorenz le vérifie tous les jours auprès de l'enchaînement des événements naturels : il suffit parfois d'un rien, d'un chouïa, d'une relation causale infime pour que tel phénomène, inattendu, surgisse tandis qu'on ne l'attendait point. Inversement, pour que telle situation se profile alors qu'elle n'était aucunement escomptée. Ainsi en est-il du 08 octobre 1908 selon Éric-Emmanuel Schmitt : recalé ce jour-là par d'intransigeants censeurs de l'École des Beaux-Arts de Vienne, le candidat Adolf Hitler va s'acheminer vers une existence pétrie de ressentiment, de refus de compassion mâtiné d'une folle soif du pouvoir. Chacun en connaît les conséquences historiques : la Seconde Guerre mondiale, le nazisme, les camps de concentration, le génocide, deux bombes atomiques, cinquante cinq millions de morts… Mais que se serait-il passé, qu'aurait-il donc pu advenir, si au contraire Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts comme apprenti peintre méritant ? À partir de cette question, de cette infime infinie possibilité, bascule l'Histoire dans son entier. S'ouvrent le doute, l'espoir, l'incertitude. L'imaginaire surtout, en la matière de cet étonnant roman où, fidèle à ses habitudes, l'auteur parvient – sur une idée plutôt convenue – à filer une trame aussi haletante que vertigineuse. Alternées tour à tour, défilent en effet sous nos yeux deux vies que tout oppose, en fonction de causes initiales radicalement opposées. D'un côté le clochard, le caporal à la Croix de fer, le dirigeant du parti national-socialiste fan de l'opéra wagnérien Rienzi, le dictateur misanthrope dément dont le romancier développe une biographie dûment renseignée. De l'autre, Adolf H., jeune homme soigné par Freud pour ses troubles sexuels (une belle rencontre, sur laquelle plane en clin d'œil le fantôme de la célèbre pièce de Schmitt : Le Visiteur !), peintre de l'école surréaliste du légendaire Montparnasse parisien, ardent défenseur du sionisme… On passe d'un Adolf à son double comme on verse du rire aux larmes, du sérieux à la plaisanterie, de la paix à la guerre (à noter : une belle symétrie croisée lors des descriptions des ravages de la guerre de 14-18). Au carrefour de ces trajectoires où se rejoignent comédie et tragédie, l'écrivain laisse place à de seyantes définitions philosophiques (pays/nation ; amour/amitié ; égoïsme/égocentrisme) qui éclairent dialectiquement la part d'ombre abritée par le cœur humain. En vérité, qu'elle soit "maudite" ou divine, savoir admettre "la part de l'autre" dans la constitution de l'image ou du destin de chacun, c'est toujours privilégier l'ouverture du dialogue par essence démocratique sur le repli du monologue totalitaire. Une leçon que l'humanité (hélas ? tant mieux ?) n'a pas fini de méditer. --Frédéric Grolleau |
||||||||||||
|
add content...
|
add content...
|
||||||||||||